La main-d'œuvre jetable en Amérique grandit, avec des coûts cachés
Selon Paul Osterman, professeur émérite à la MIT Sloan, 35 % des travailleurs américains sont considérés comme "jetables" (travailleurs contractuels, indépendants ou marginaux), entraînant des économies pour les entreprises mais des risques accrus pour les employés.

Le nombre de travailleurs "jetables" aux États-Unis est en augmentation, une tendance motivée par la recherche de flexibilité et de réduction des coûts par les entreprises, selon une nouvelle analyse de Paul Osterman, professeur émérite des Ressources Humaines et de la Gestion à la MIT Sloan School of Management. Ses recherches indiquent que 35 % de la main-d'œuvre américaine entre dans cette catégorie, englobant les indépendants, les contractuels et les "travailleurs marginaux" que les entreprises n'ont pas l'intention de conserver à long terme.
Osterman identifie plusieurs raisons à ce changement. Principalement, les entreprises cherchent à éviter les obligations financières associées à l'emploi traditionnel, telles que les avantages sociaux et les engagements à long terme. Cela permet aux entreprises de réduire leurs coûts en mettant en concurrence les sociétés de recrutement pour faire baisser les salaires et les tarifs des services. De plus, la direction souhaite une plus grande flexibilité opérationnelle, lui permettant d'ajuster rapidement les effectifs sans les contraintes d'une main-d'œuvre permanente.
Cependant, cette augmentation de la main-d'œuvre "jetable" entraîne des inconvénients considérables qui vont au-delà des salaires individuels. Alors que les indépendants peuvent déclarer un niveau de satisfaction plus élevé en raison de la flexibilité de leur emploi du temps, les contractuels et les travailleurs marginaux ont tendance à être moins satisfaits et moins engagés envers leurs employeurs. Ce désengagement peut avoir un impact négatif sur la performance organisationnelle. Les conséquences affectent également le public ; des études ont montré des taux d'infection plus élevés dans les hôpitaux utilisant du personnel de nettoyage sous contrat et une augmentation des accidents du travail dans les environnements où la concentration de travailleurs "jetables" est élevée.
Osterman note également que la dépendance croissante à l'égard des travailleurs "jetables" pourrait être exacerbée par les avancées de l'intelligence artificielle (IA). L'incertitude concernant les futurs besoins en personnel due à l'IA incite davantage les entreprises à recourir à une main-d'œuvre flexible qui peut être facilement réduite. Il plaide pour la nécessité d'instaurer des réglementations et des garde-fous afin de garantir que la recherche de flexibilité ne se fasse pas au détriment des travailleurs et du bien-être public.